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La médecine conventionnelle considère que les gènes sont acquis et immuables depuis la naissance jusqu’à la mort. Seules des mutations – produites par des rayonnements ou des polluants – la plupart du temps nocives, voire cancérigènes, peuvent modifier notre génome. Mais l’épigénétique oblige à changer complètement ce point de vue. Elle démontre que notre environnement et les événements survenant au cours de notre vie peuvent changer l’expression de nos gènes. Le cancer ne fait pas exception à cette règle.

Des phénomènes épigénétiques ont été évoqués par le biologiste Conrad Waddington dès 1942 quand il étudiait les implications de l’environnement sur les gènes et le phénotype[1] d’un individu. Mais il a fallu attendre ces dernières décennies pour que l’épigénétique entre enfin – mais très timidement – dans le domaine de la recherche moderne. Pourtant elle révolutionne la pensée médicale et peut conduire à de nouvelles voies thérapeutiques.

Les premières observations effectuées sur l’épigénétique ont démontré que le stress, la pollution, la mauvaise alimentation, les périodes de famine, le tabagisme, les fécondations in vitro (FIV), et même les vécus personnels peuvent modifier les gènes des individus. De plus, il fut démontré que ces changements étaient transmissibles aux enfants et aux petits-enfants. Ils sont donc héréditaires.

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Il faut comprendre que ces situations ne vont pas « changer » les gènes – c’est-à-dire enlever un gène pour le remplacer par un autre. Elles vont, par contre, les ouvrir ou les fermer selon les circonstances avec tous les intermédiaires possibles. On dit qu’elles changent « l’expression » des gènes. Il ne s’agit donc pas de mutations. On parle de modifications des gènes sans changement de l’ADN.

Nous savons que l’ADN est constitué de 30-35 % de gènes codant et de 65-70 % de gènes dits « silencieux » qui en constituent la partie intronique. L’épigénétique est capable de fermer des gènes codant pour ouvrir – permettre l’expression – de gènes jusque-là silencieux.

Pour « éteindre » un gène, il suffit de mettre un groupe méthyl (CH3) à la place d’un atome d’hydrogène (H) sur une base azotée du gène. La séquence d’ADN devient muette et ne peut plus fabriquer de protéines effectrices.

De nombreuses études passionnantes ont été réalisées sur les phénomènes épigénétiques. Il a été ainsi démontré que le mode de vie des grands-parents influençait l’espérance des petits-enfants. Mais aussi une autre étude, effectuée sur 600 personnes, a mis en évidence qu’un tiers d’entre elles présentaient des modifications de leur génome en 10 ans de vie. Ce phénomène pourrait fort bien expliquer les maladies liées à l’âge comme le cancer.

Ces recherches ont établi que certaines maladies tiraient (en partie) leur origine d’un phénomène épigénétique. Ce sont : le cancer, l’obésité, le diabète de type 2, l’allergie, l’asthme, l’autisme, la schizophrénie et la maladie d’Alzheimer. Il est certain que de nombreuses autres maladies vont s’ajouter à l’avenir à cette liste.

Une dernière étude appelée GEMINAL (Gene Expression Modulation by intervention with Nutrition and Lifestyle) parue dans « Proceedings » de l’Académie des sciences américaine, relayée par le Quotidien du Médecin (20/06/08), s’est intéressée à l’expression des gènes en cas de cancer de la prostate. Pour cela, les chercheurs ont étudié le génome d’une trentaine de volontaires qui avaient refusé tous les traitements conventionnels et qui ont accepté d’entrer dans cette étude. Ils avaient tous un taux de PSA inférieur à 10 ng/ml et un score de Gleason à 6 sur les biopsies.

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Le protocole qu’ils ont suivi pendant 3 mois, consistait en :

  • Modification de leur alimentation : pauvre en lipides et riche en aliments complets et crudités.
  • Supplémentation en soja, sélénium, huile de poisson, vitamines C et E.
  • Gestion du stress par yoga, stretching ou relaxation, une heure par jour.
  • Marche pendant 30 minutes par jour.
  • Groupe de soutien une fois par semaine.

Après trois mois, de nouvelles biopsies avec étude de leur génome ont été réalisées. Elle a permis d’établir de nombreuses modifications génomiques, notamment la sous-régulation (diminution de l’expression) de certains gènes cancéreux comme les oncogènes de famille RAS (RAN, RAB14 et RAB8A) et le gène SHOC2 qui favorisent l’activation des androgènes et de la division cellulaire. Les gènes activateurs de  facteur de croissance (IGF) ont aussi été sous-régulés. Par ailleurs les PSA libres (marqueurs prostatiques) s’étaient améliorés chez les 30 participants.

Il ne faut pas vouloir conclure trop vite de cette étude (trop limitée en nombre et en durée) que le seul changement du mode de vie peut amener à guérir le cancer de prostate. Il faut plutôt considérer que des modifications dans le mode de vie contribuent énormément à la guérison de cette maladie cancéreuse en complément des traitements conventionnels. Ces changements permettront de traiter en profondeur le terrain cancéreux, qui est un élément essentiel contre les éventuelles récidives cancéreuses.

Dr Luc Bodin


[1] Ensemble des caractères observables d’un individu