La polyarthrite rhumatoïde (PR) autrefois appelée Polyarthrite chronique évolutive (PCE) est un rhumatisme chronique dit « inflammatoire » qui touche généralement plusieurs articulations. Son origine est auto-immune (fabrication d’auto-anticorps par l’organisme lui-même). Il constitue le rhumatisme le plus fréquent et affecte entre 200 à 300 000 personnes en France (0,4% de la population). La PR touche environ 3 femmes pour un homme. Elle débute en général entre 30 et 50 ans.                         

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Les signes

 Les débuts de la maladie sont souvent trompeurs. Les premiers signes sont de simples douleurs au niveau des doigts, du poignet, d’un genou ou d’une cheville. Mais d’autres articulations peuvent être touchées : épaules, coudes, mâchoires… À ce stade, le diagnostic n’est souvent pas évident, compte tenu du fait que les symptômes présentés ne sont absolument pas spécifiques à la PR. Seuls l’évolution et les examens complémentaires permettront d’affirmer la maladie.

Le rhumatisme se traduit par un gonflement avec une rougeur et une chaleur de l’articulation concernée. La douleur survient généralement dans la deuxième partie de la nuit et nécessite un dérouillage matinal, c’est-à-dire une période d’échauffement plus ou moins longue avant de disparaître. Mais il demeure une raideur de(s) l’articulation concernée pendant la journée. Un élément qui peut être évocateur de la PR, c’est le caractère bilatéral et symétrique des atteintes articulaires.

L’évolution ensuite est capricieuse. La maladie évolue généralement par crises (poussées). Il peut y avoir disparition complète des symptômes spontanément ou sous l’effet des traitements. Puis, la récidive survient à plus ou moins longue échéance et souvent de manière plus prononcée. D’autrefois, les troubles se poursuivent de manière permanente perturbant la vie quotidienne. Les personnes commencent à avoir du mal à saisir les objets, à écrire, à effectuer des travaux de précision… La marche peut aussi devenir difficile

Au fil de l’évolution, l’atteinte devient de plus en plus marquée avec des dégradations irréversibles des os, des cartilages et des articulations qui génèrent des déformations des articulations. Celles-ci produisent des impotences et entravent fortement la mobilité des articulations et la réalisation des gestes de la vie quotidienne.

En résumé, toutes les évolutions sont possibles, depuis le simple rhumatisme éphémère jusqu’aux crises douloureuses intenses et invalidantes… La fréquence de ces poussées et l’importance des déformations sont aussi très variables d’une personne à l’autre. La PR peut très bien se stabiliser, voire même quelquefois guérir… ou au contraire aller vers l’aggravation et la généralisation des atteintes articulaires et organiques. Il n’y a aucune règle semblant gérer cette évolution.

À côté de l’atteinte articulaire, d’autres organes peuvent être atteints comme :

* le syndrome de Sjögren (ou syndrome sec) qui est souvent associé à la PR et qui se traduit par une sécheresse importante des yeux et de la bouche due à une insuffisance de sécrétion des larmes et de la salive. .

* les nodules rhumatoïdes qui sont des formations ayant l’aspect de « boules » présentes sous la peau, souvent au niveau des coudes. Elles sont généralement peu ou pas douloureuses. Elles sont présentes dans 20% des cas.

* Le cœur (péricardite), les poumons (pleurésie), les nerfs, les vaisseaux sanguins (vascularite, phénomène de Raynaud), le tube digestif, la peau… peuvent être aussi touchés par la maladie. Cela demeure toutefois, exceptionnel.

Les examens complémentaires

Les prises de sang révèleront surtout une augmentation de la vitesse de sédimentation (VS) et de la Protéine C réactive (PCR) ce qui traduit l’existence d’un état inflammatoire. Une anémie (anémie de type inflammatoire) peut quelquefois lui être associée. Un dosage des IgM ainsi que des bilans, rénal et hépatique, sont souvent demandés avant de commencer les traitements.

Des examens plus spécifiques permettront de diagnostiquer la PR. Ce sont la présence du facteur rhumatoïde et l’anticorps anti-peptides citrullinés (anti-CCP). De plus un taux élevé de ces éléments est généralement de mauvais pronostic. Mais si la présence du facteur rhumatoïde ou des anti-CCP permet d’affirmer le diagnostic, leur négativité ne permet pas de l’éliminer…

Les radiographies des articulations atteintes sont non-spécifiques, montrant un simple gonflement de l’articulation dans un premier temps, puis des lésions des cartilages articulaires. Seul le caractère bilatéral et symétrique des lésions notamment des articulations des doigts est évocateur d’une PR.

L’échographie et le doppler couleur permettent de mieux voir les lésions inflammatoires (synovites) et les dégradations de l’articulation, souvent avant même qu’elles n’apparaissent sur les radiographies.

L’IRM est quelquefois utile au début de la maladie afin d’établir le diagnostic. Car elle permet de voir des lésions plus caractéristiques de la maladie qui ne sont pas visibles sur les autres examens.                                   

Les diagnostics à éliminer

Il convient d’abord d’éliminer une simple arthrose, les autres causes de rhumatisme (goutte, rhumatisme psoriasique…), mais aussi les autres maladies auto-immunes (lupus érythémateux disséminé), une maladie de Still voire une maladie de Crohn ou une rectocolite hémorragique en cas d’atteinte digestive.

Les causes

Il s’agit d’une maladie auto-immune, c’est-à-dire que l’organisme fabrique des anticorps contre lui-même… dans le cas présent, contre le cartilage et la synoviale des articulations, à la suite d’un dérèglement du système immunitaire. (voir sur le dossier sur les « Maladies auto-immunes »)

Des facteurs génétiques sont certainement présents dans la PR, étant donné que l’on retrouve fréquemment plusieurs membres d’une même famille atteints par cette maladie. On estime qu’ils sont responsables de 30% des PR.

Le tabagisme est un facteur clairement associé à l’apparition et à l’aggravation de la PR.

Dr Luc Bodin