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Les antiangiogéniques constituent une nouvelle catégorie de traitement anticancéreux qui consiste à affamer le cancer en le privant de vaisseaux sanguins.

Pour bien comprendre en quoi consistent les traitements anti-angiogéniques, il faut commencer par expliquer ce qu’est l’angiogenèse. Quand une tumeur se développe, elle a besoin de toujours plus de nourriture et d’oxygène. Arriver à certains moments, les vaisseaux sanguins ne suffisent plus à la nourrir et à l’oxygéner. Alors, les cellules cancéreuses se mettent à fabriquer certains médiateurs chimiques, appelés « facteurs de croissance ». Ceux-ci vont se fixer sur la paroi des vaisseaux sanguins situés à proximité et déclencher le développement de nouveaux vaisseaux sanguins. Ce processus s’appelle « la néo-angiogenèse » ce qui signifie la fabrication (genèse) de nouveaux (néo) vaisseaux sanguins (angio). Une fois que la tumeur se trouve de nouveau correctement nourrie, elle reprend son développement. Pour éviter cela, l’idée est venue aux chercheurs d’empêcher le développement de ces nouveaux vaisseaux. Il existe plusieurs manières pour atteindre ce but : * Les chirurgiens ont tenté d’envoyer de emboles (formés de petits bouchons en plastique) dans les vaisseaux sanguins afin de boucher les néovaisseaux et ainsi priver la tumeur de nourriture. * Mais un nouveau traitement utilise des remèdes (médicaments) qui vont bloquer les facteurs de croissance émis par les cellules cancéreuses. C’est ainsi qu’ils empêchent la formation de ces néovaisseaux. Ce sont les antiangiogéniques. Ce genre de traitement est souvent très efficace contre les tumeurs cancéreuses. Il est capable à lui seul, de détruire une grande partie de la tumeur.

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Un antiangiogénique, le NPI-2358, a été mis au point pour lutter contre les tumeurs solides et les leucémies. Il agit en diminuant le flux sanguin tumoral dès les premières 24 heures d’utilisation.

Par contre, il peut exister des revers à la médaille : – D’abord ces nouveaux traitements en empêchant la formation de nouveaux vaisseaux sanguins pour les cellules cancéreuses, les prive d’oxygène et de nourriture, ce qui les fait mourir. Cependant, il faut se rappeler que la cellule cancéreuse se développe habituellement en milieu anaérobie (c’est-à-dire pauvre en oxygène). Aussi certaines peuvent survenir à cette privation. Il demeure autour de la tumeur, une couronne de cellules cancéreuses qui survit silencieusement après le traitement. C’est de ces cellules que peut venir la rechute. – Un autre aspect a été découvert par une équipe de chercheurs suisses Staller et coll. de l’Institut Friedrich Miescher de Bâle. En effet, ils ont trouvé que l’hypoxie (manque d’oxygène) des cellules cancéreuses favorise aussi la formation de métastases. Car, le manque d’oxygène induit la production d’un récepteur sur les membranes des cellules cancéreuses, qui favoriserait la migration des cellules tumorales vers les régions de l’organisme sécrétant des chimiokines. Les cellules cancéreuses sont attirées par ces chimiokines et migrent vers ces régions de l’organisme y produisant des métastases. (Nature 18 sept 2003 et le Quotidien du Médecin du lundi 22 septembre 2003). Donc, il se pourrait que les traitements antiangiogeniques favorisent aussi la survenue de métastases. Il faut donc que nos chercheurs y regardent de près, car même si les résultats sont satisfaisants sur le cancer au début, ils peuvent cacher une rechute ou une dissémination secondaire… Des études plus poussées sont donc nécessaires sur ces antiangiogéniques avant de les utiliser sur une large échelle.

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Enfin, il existe deux substances antigiogéniques naturelles: le curcuma et le cartilage de requin. Il convient donc d’être prudent avec elles également dans leur utilisation contre le cancer. Mais des études récentes portant sur le cartilage de requin semblent rassurantes… à suivre impérativement. Enfin, il faut rappeler une évidence. C’est qu’en privant les cellules cancéreuses d’apport sanguin, cela empêche également l’arriver des médicaments qui deviendront de ce fait totalement inefficaces contre le cancer… puisqu’ils ne pourront plus l’atteindre.

Les antiangiogéniques, sont donc à manier avec intelligence et prudence.

Dr Luc Bodin