« Sur les 10.000.000 de substances chimiques existantes, quelques 100.000 sont produites et utilisées en grandes quantités. Mais les risques toxiques n'ont été étudiés que pour moins de 3.000 et les limites d'exposition professionnelles fixées pour seulement 2.100 »  (Quotidien du Médecin) 
 Tous les ans, de nouvelles molécules chimiques sont inventées. Elles sont généralement totalement inconnues de notre organisme et peuvent toutes être potentiellement cancérogènes !  
La pollution est une des principales causes du cancer. Nous en avons maintenant la preuve. Nous savons par exemple que l'amiante est à l'origine de cancer de la plèvre (mésothéliome). Mais aussi, la pollution atmosphérique est une des causes du cancer du poumon : « En suivant depuis 1972, plus de 16.000 hommes vivant à Oslo, des épidémiologistes norvégiens ont pu établir une relation entre l'apparition de cancers du poumon et les polluants atmosphériques, notamment les oxydes d'azote ». Ainsi la pollution liée à la circulation majore le risque de cancer du poumon. (Quotidien du Médecin n°7441 du lundi 8 décembre 2003)

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Ce qui est inquiétant aujourd'hui est que la pollution est partout : dans l'air, dans l'eau, dans les sols, dans notre nourriture... Il n'existe pas un secteur qui ne soit touché. Les principaux responsables en sont : 
* les pollutions industrielles. Par exemple, le risque de lymphomes non hodgkinien (cancer du sang) est multiplié par deux à proximité d'un incinérateur à cause des émissions de Dioxines. (Quotidien Du Méd. N°7366 du 3 juillet 2003).* les chauffages, * les transports : les gaz d'échappement des automobiles produisent des gaz volatiles responsables de cancers du poumon.Mais maintenant, nous les retrouvons également dans notre vie courante: * l'agro-alimentaire: la pollution (pesticides, insecticides, colorants...) dans notre assiette et dans notre verre.* les produits d'entretiens ménagers, * les matériaux de construction des habitations et des lieux de travail.

L' « Agence Française de Sécurité Sanitaire Environnementale » (AFSSE) estime que la pollution des agglomérations par les particules fines, est responsable de 3 à 5 % des décès chez les plus de 30 ans (plusieurs milliers de personnes par an). Les principales pathologies provoquées par ces particules sont les maladies cardio-pulmonaires dont les cancers du poumon. Ces particules sont rejetées par le trafic automobile, le chauffage et certaines activités industrielles.
Les polluants peuvent agir de plusieurs manières :
1. Les polluants vont stimuler les pro-oncogènes pour les transformer en oncogènes actifs.

2. Les métabolites actifs d'une substance toxique peuvent se fixer sur l'ADN d'une cellule, et entraîner des modifications, c'est-à-dire des mutations. Cela conduit lors de la prochaine division de l'ADN à de mauvaises reconnaissances des séquences de l'ADN et donc à des erreurs de reconstitution ce qui peut amener l'apparition de cancer.

Mais, le cauchemar continue, car les mutations produites sont héréditaires comme le prouvent les travaux publiés dans la revue « Science »... « Les fines particules en suspension qui polluent l'air induisent des mutations génétiques héréditaires. En exposant des souris à l'environnement pollué d'une autoroute et d'une aciérie, des chercheurs canadiens ont constaté que les mâles subissaient des changements génétiques qu'ils transmettaient ensuite à leur progéniture » (Nouvel Observateur du 14-05-04 et le Quotidien du Médecin n°7541 du 14 mai 2004)

Cette étude est des plus inquiétantes si elle est extrapolable chez l'homme, ce qui est très probable. Car alors, les mutations de l'ADN potentiellement cancérogènes ou procancérogènes dues à la pollution subie par le père, se retrouveront chez ses enfants et toute leur descendance... 
« Une équipe britannique a mis en évidence la persistance d'une mutation génétique dans la lignée germinale de deux générations successives issues de rongeurs mâles après une exposition à des radiations ionisantes : un faisceau de neutrons de haute énergie dans un cas et un rayonnement X de faible énergie dans l'autre (Quotidien du médecin – Proc Natl Acad Sci USA 2002;99,6877-6882)

Dans le port d'Hamilton dans l'Ontario (Canada) les goélands présentent des taux élevés de mutations de l'ADN. Ces mutations étaient transmises ensuite à la génération suivante. L'origine  exacte n'est pas prouvée. Mais la pollution atmosphérique, l'eau polluée où vivent les poissons contaminés, semblent bien en être la source. (Nexus n°26)

Si tout cela est confirmé chez l'homme, cela signifie que les mutations dues à la pollution atmosphérique et aux radiations ionisantes sont héréditaires. Alors le nombre des cancers n'a pas fini d'augmenter, dans l'avenir mais aussi les cancers toucheront des personnes de plus en plus jeunes. On peut aussi s'interroger sur ce qui se passera dans trois ou quatre générations ?
Docteur Luc BODIN